OCPP : le protocole qui décide si votre borne de recharge est pilotable
Deux bornes de recharge peuvent avoir la même puissance, le même connecteur Type 2 et le même prix, et pourtant l'une sera exploitable pendant quinze ans quand l'autre deviendra un boîtier muet le jour où son fabricant fermera son service cloud. Ce qui les sépare tient en quatre lettres : OCPP, pour Open Charge Point Protocol. C'est le langage commun qui permet à une borne de dialoguer avec un logiciel de supervision, quel que soit son constructeur.
Cette page explique ce qu'OCPP permet concrètement, ce que changent les versions 1.6 et 2.0.1, et surtout comment vérifier — avant de signer un devis — que la borne qu'on vous propose est réellement ouverte. Chez InterElec, nous installons et supervisons des infrastructures de recharge toutes marques : ce point est le premier que nous vérifions sur un cahier des charges.
Qu'est-ce qu'OCPP, concrètement ?
OCPP est un protocole de communication ouvert, publié et maintenu par l'Open Charge Alliance, une organisation à but non lucratif qui regroupe constructeurs, opérateurs et éditeurs de logiciels. Il normalise les échanges entre deux acteurs :
- le point de charge (la borne elle-même, appelée charge point) ;
- le système central de supervision (le Charging Station Management System, ou CSMS, aussi appelé back-office).
Sans OCPP, chaque constructeur invente son propre dialogue, et sa borne ne parle qu'à son propre cloud. Avec OCPP, n'importe quelle borne conforme peut être raccordée à n'importe quelle supervision conforme. C'est exactement le même principe que le connecteur Type 2 : une normalisation qui rend les équipements interchangeables.
La borne est raccordée au réseau par Ethernet, Wi-Fi ou carte SIM 4G, et ouvre une connexion permanente vers la supervision. Les échanges circulent dans les deux sens : la borne remonte son état et ses sessions, la supervision lui envoie des ordres.
Ce qu'OCPP permet réellement de faire
On résume souvent OCPP à « voir ses bornes à distance ». C'est très en dessous de la réalité. Voici ce que le protocole autorise, fonction par fonction.
| Fonction | Ce que ça permet | Pour qui c'est déterminant |
|---|---|---|
| Remontée d'état et de défauts | Savoir en temps réel qu'une borne est disponible, en charge, hors service, et connaître le code d'erreur remonté | Copropriétés, entreprises, exploitants |
| Historique des sessions | Date, durée, énergie délivrée et identifiant de l'utilisateur pour chaque recharge | Tout site multi-utilisateurs |
| Autorisation par badge ou application | N'autoriser la charge qu'aux utilisateurs déclarés (liste blanche RFID, application, code) | Parkings collectifs, entreprises |
| Refacturation | Attribuer l'énergie consommée à un salarié, un copropriétaire, un locataire ou un client | Copropriétés, bailleurs, entreprises |
| Pilotage de puissance (smart charging) | Limiter dynamiquement la puissance d'une borne pour rester dans l'abonnement du site | Sites multi-bornes |
| Mise à jour du firmware à distance | Corriger un bug ou ajouter une fonction sans déplacement d'un technicien | Tous, mais surtout les parcs étendus |
| Redémarrage et déverrouillage distants | Relancer une borne figée ou libérer un câble bloqué sans intervention sur site | Exploitants, syndics |
Ces deux dernières fonctions ont un effet direct sur le coût d'exploitation : une part importante des pannes de bornes de recharge se résout par un redémarrage ou une mise à jour, deux opérations qui n'exigent aucun déplacement dès lors que la borne est supervisée.
OCPP 1.6 ou OCPP 2.0.1 : que choisir en 2026 ?
Deux versions coexistent sur le marché, et la confusion est fréquente.
OCPP 1.6 est la version très largement dominante du parc installé. Elle existe sous deux transports : 1.6-SOAP, désormais obsolète, et 1.6-J (pour JSON, sur WebSocket), qui est celle qu'il faut exiger. OCPP 1.6-J couvre l'essentiel des besoins : supervision, autorisation, transactions, smart charging de base, mise à jour à distance. C'est une base saine et parfaitement suffisante pour une copropriété ou un parking d'entreprise classique.
OCPP 2.0.1 apporte des évolutions qui comptent sur les infrastructures plus exigeantes :
- une gestion nettement plus fine du smart charging et de la répartition de puissance ;
- le support natif de Plug & Charge (norme ISO 15118), qui identifie le véhicule dès le branchement, sans badge ni application ;
- un modèle de données de diagnostic beaucoup plus riche, qui remonte l'état des composants au lieu d'un simple code d'erreur ;
- un cadre de sécurité formalisé (certificats, chiffrement, gestion des clés).
Notre recommandation en 2026 est pragmatique : exigez au minimum OCPP 1.6-J, et privilégiez une borne dont le constructeur annonce une trajectoire de migration vers 2.0.1 par mise à jour firmware. Refuser une excellente borne 1.6-J au motif qu'elle n'est pas encore en 2.0.1 n'a pas de sens aujourd'hui ; accepter une borne sans OCPP du tout en a encore moins.
Le piège : « compatible OCPP » ne veut pas dire « ouvert »
C'est le point sur lequel nous voyons le plus de mauvaises surprises. Une fiche produit peut afficher « compatible OCPP 1.6 » alors que la borne est verrouillée sur le cloud de son fabricant. La compatibilité technique existe, mais l'accès est fermé.
Trois verrous reviennent régulièrement :
- L'URL de supervision n'est pas modifiable. La borne parle bien OCPP, mais uniquement vers l'adresse du constructeur, qu'aucun réglage ne permet de changer. Vous êtes captif.
- Le changement d'URL est payant ou soumis à validation. Techniquement possible, mais conditionné à une licence, un abonnement ou une intervention facturée du fabricant.
- Le firmware ouvert est une option facturée. La borne sort d'usine en mode fermé et il faut acheter un déverrouillage.
La question à poser au fournisseur, telle quelle, est celle-ci : « Puis-je saisir moi-même, dans l'interface de la borne, l'URL du serveur OCPP de mon choix, sans intervention ni surcoût de votre part ? » Une réponse évasive est une réponse négative. Demandez la manipulation en démonstration, ou faites-la inscrire au devis.
L'enjeu n'est pas théorique. Une infrastructure de recharge s'amortit sur dix à quinze ans. Sur cette durée, il est probable que vous changiez d'opérateur de supervision, que votre prestataire soit racheté, ou qu'un service cloud soit arrêté. Une borne ouverte se raccorde alors à une autre supervision en quelques minutes. Une borne fermée devient un équipement à remplacer.
OCPP, OCPI, OSCP, EEBUS : ne pas confondre
Plusieurs protocoles gravitent autour de la recharge et sont régulièrement mélangés. Ils ne traitent pas du tout du même sujet.
| Protocole | Relie… | Sert à |
|---|---|---|
| OCPP | La borne ↔ la supervision | Piloter et exploiter ses propres bornes |
| OCPI | Une supervision ↔ une autre supervision | L'itinérance : permettre à un badge tiers de charger sur vos bornes |
| OSCP | La supervision ↔ le gestionnaire de réseau | Anticiper la capacité disponible sur le réseau électrique |
| ISO 15118 | Le véhicule ↔ la borne | Plug & Charge et recharge bidirectionnelle |
| EEBUS / Modbus | La borne ↔ les équipements du bâtiment | Dialoguer avec un compteur, un onduleur solaire, une pompe à chaleur |
En pratique : OCPP est ce dont vous avez besoin pour exploiter vos bornes. OCPI ne concerne que ceux qui veulent ouvrir leurs points de charge à des utilisateurs extérieurs. Modbus ou EEBUS deviennent utiles quand la borne doit se coordonner avec une installation photovoltaïque ou un pilotage énergétique du bâtiment.
Faut-il OCPP pour une borne à domicile ?
Pour une maison individuelle avec un seul véhicule, OCPP n'est pas indispensable. L'application du constructeur suffit à programmer les heures creuses et à suivre sa consommation, et aucune refacturation n'est en jeu.
Il devient en revanche pertinent dès que l'une de ces situations apparaît :
- vous installez plusieurs points de charge qui doivent se partager la puissance disponible ;
- l'énergie doit être attribuée à quelqu'un d'autre — salarié, copropriétaire, locataire, client ;
- la borne est en parking collectif et doit être accessible à un exploitant à distance ;
- vous voulez garantir de pouvoir changer de prestataire sans changer de matériel.
C'est pourquoi nous conseillons systématiquement une borne OCPP dès qu'un projet dépasse le cadre strictement individuel : en copropriété comme en entreprise, l'absence d'OCPP se paie tôt ou tard.
Quelles bornes parlent OCPP ?
La quasi-totalité des marques professionnelles proposent aujourd'hui OCPP 1.6-J, avec des degrés d'ouverture variables. Nous installons et supervisons notamment des bornes Wallbox, Schneider Electric, Hager, Legrand, Easee, Zaptec, ABB, EVBox, Alfen, Keba et go-e. Notre test du go-e Charger Gemini flex détaille par exemple la configuration OCPP sur un modèle particulièrement ouvert.
Un point souvent ignoré : sur beaucoup de modèles grand public, l'activation d'OCPP désactive l'application du constructeur. La borne ne peut parler qu'à un seul back-office à la fois. Ce n'est pas un défaut, mais cela se décide en amont, pas après la pose.
Ce que nous faisons chez InterElec
Nos techniciens qualifiés IRVE ne se contentent pas de poser la borne : nous paramétrons la connexion OCPP, déclarons les points de charge sur la supervision, configurons les badges et les règles de tarification, et vérifions la remontée effective des sessions avant de quitter le site. Sur les parcs existants, nous reprenons également des bornes déjà installées pour les raccorder à une nouvelle supervision — y compris lorsque le prestataire d'origine n'est plus en activité.
Pour aller plus loin sur l'exploitation quotidienne, consultez notre guide de la supervision, du pilotage de puissance et de la refacturation, et notre offre de contrat de maintenance IRVE.